Multiples sont les Horizons de ce XXVe Printemps du Livre: samedi dernier, ils ont oscillé de l'histoire la plus savante au polar "musical". Musicales, en effet, Les Harmoniques, une "série noire" de Marcus Malte, le 3e invité des Rencontres littéraires de samedi. Marcus Malte, auteur de nombreux romans pour adultes, de nouvelles et de littérature jeunesse. Un auteur pas comme les autres, puisqu'il est un excellent musicien.
Marcus Malte, habitué du Printemps des collégiens, était samedi l'invité des Rencontres littéraires. /Photo C.R.
Le monde des "Harmoniques" est violent, infâme, sans pour autant qu'aucune goutte de sang ne tache jamais ses pages: Véra était une jeune Yougoslave de 26 ans. Était, car elle est morte assassinée. Brûlée vive. Elle était actrice et fréquentait régulièrement le club de jazz où jouait Mister, le grand pianiste noir. Deux jeunes dealers de drogue avouent le crime: la police classe vite l'affaire.
Affaire classée ? Pas pour Mister qui aimait Véra, comme elle aimait sa musique. Il est sûr que l'affaire est bidonnée, car Véra ne se droguait pas et ne fréquentait pas les dealers. Qui l'a tuée, pourquoi ? Avec son ami Bob, chauffeur de taxi fondu de jazz et polyglotte, il cherche, tâtonne, interroge et remonte peu à peu le fil de la courte vie de Véra, jusqu'aux rives lointaines du Danube, jusqu'aux charniers des Balkans… Rythmée par les grands standards du jazz, l'enquête des deux hommes fera resurgir les notes cachées de ces crimes dont personne ne veut parler.
Plus qu'un roman, c'est un long blues nostalgique, un poignant chant d'amour et de rage qui se joue ici. Même si certains indices tombent du ciel pour faire progresser la quête de nos deux compères, l'intrigue, superbement menée, décrit une belle brochette de pourris, entre mercenaires et politiques, et nous plonge dans les pires tréfonds du monde. Le classique message "tous pourris", mais qui passe bien grâce au talent de l'auteur.
Complexe, le style est pourtant fluide, poétique et très agréable à lire: un rythme lent, des phrases mélodiques, des images touchantes. À tout moment, les personnages y parlent de musique, en choisissent, en écoutent. Un polar jazzy, en somme, pour la musique de ses phrases et celle qui teinte de ses notes et de ses harmonies chacune des pages de ce roman envoûtant.