Écrivain provençal prolifique et homme de théâtre (près d'une trentaine de livres ou pièces et trois prix littéraires), plongeur passionné d'histoire maritime et peintre de marines, Élie Boissin était vendredi dernier l'invité du Centre culturel pour donner une conférence intitulée "Mémoire de Marseille, du mythe à la réalité", le titre même du livre publié l'an dernier aux éditions du Temps qui passe. Un superbe bouquin illustré par les marines du peintre qui ont fait le succès de son exposition "Mémoire de Marseille" en janvier 2011, à l'espace Bargemon.
S'appuyant sur des faits et des écrits, Elie Boissin a revisité l'histoire des origines de Marseille. /Photo C.R.
S'appuyant sur des preuves accumulées depuis 30 ans au cours de recherches documentaires ou sous-marines menées, notamment au musée d'Athènes, dans les îles grecques et sur nos côtes, le conférencier a développé une théorie originale sur les origines de la cité phocéenne.
"Ce ne sont pas des Grecs qui ont fondé Marseille (le mot Grec n'existait pas encore), mais des Athéniens, a-t-il attaqué d'emblée. Lorsque la ville d'Athènes, fondée par Cécrops, commença à grandir, elle s'entoura d'une muraille et devint très vite trop petite : certains Athéniens furent incités à prendre la mer pour fonder des colonies, des comptoirs appelés Clérouquies." C'est ainsi qu'un marin nommé Protis hisse les voiles et vogue vers l'Asie mineure. Il y découvre une baie magnifique qu'il nomme Fokia (Phocée, aujourd'hui Foça en Turquie), il s'y installe avec sa petite troupe et très vite la colonie prospère…
Là! Bientôt Cyrus le grand et ses Perses envahissent l'Asie mineure, rasent Fokia. Protis et ses compagnons rescapés du massacre, s'embarquent pour une nouvelle fortune de mer. Cap à l'ouest. Commence une longue navigation coupée d'escales de rapines sur les côtes de Sicile et d'Italie qui les mènera sur les côtes de Provence, devant une baie qui rappelle Fokia.
"Le niveau de la mer était alors 4 m plus bas : Protis et ses sbires n'ont pu toucher terre au Lacydon qui n'était alors qu'un marais barré par un énorme rocher. C'est à la calanque de Marseilleveyre qu'ils ont débarqué. Sur les rochers aujourd'hui submergés, on trouve des traces d'usure montrant qu'ils devaient servir de débarcadère." Ils débarquent mais le paradis est habité par des Salyens et leur roi Nann. Nann donne sa fille Gyptis à Protis en signe de paix. Mais bientôt, son fils Comonos lève une armée pour attaquer les nouveaux arrivants. Prévenus, ceux-ci laissent entrer les Salyens dans leur village et les prennent à revers. Le massacre, 2 000 morts salyens.
"Marseille n'a pas été fondée en 600 ans avant J.C, mais colonisée !", a conclu Élie Boissin.