Le professeur Paul Chapoy était jeudi dernier l'invité d'honneur du 6e Salon des Antiques et Modernes de Cassis pour donner une conférence intitulée "L'odyssée des femmes dans l'histoire de la peinture".
Paul Chapoy a retracé l'odyssée des femmes dans l'histoire de la peinture. /Photo C.R.
"Les femmes ont eu, au cours de l'histoire, de grandes difficultés à s'imposer dans la peinture et, pendant longtemps, leurs signatures n'ont eu aucune valeur. Pourtant celles qui ont été reconnues ont eu une vie passionnante et pleine de talent, extrêmement engagée et mouvementée, parfois au péril de leur âme", a expliqué Paul Chapoy dans son propos introductif. "Ce que je voudrais vous montrer aujourd'hui, c'est le monde qui sépare la peinture d'Artemisia Gentileschi - peintre caravagiste de la Renaissance, fille d'Orasio Gentileschi, le peintre baroque maniériste de Rome et de la cour d'Angleterre - de Berthe Morisot, de deux siècles sa cadette, descendante de Fragonard et l'un des chantres de la peinture impressionniste."
Artemisia Gentileschi fût au XVIIe siècle la Jeanne d'Arc de la peinture, encourant l'excommunication, une sanction infamante et terrible à l'époque. Après d'immenses difficultés, dans sa vie privée - violée à 17 ans par Augusto Tassi, un peintre paysagiste rival de son père - et dans sa vie professionnelle, elle réussit à intégrer l'Academia del disegno et dès 1639 les grands politiques de toute l'Europe se disputeront les toiles d'Artemisia, une œuvre considérable, même si elle fut en partie signée par son père. Elle reste comme l'une des meilleures caravagistes, avec Georges Delatour qui, comme elle est né en 1593, mais mourra deux ans plus tôt, en 1652, victime de la peste.
Deux siècles plus tard, une autre femme peintre naîtra à Bourges en 1841. Surnommée "la belle peintre", formée par Corot et Daubigny, Berthe Morisot fera la connaissance d'Édouard Manet et deviendra son modèle préféré avant d'épouser Eugène, le frère d'Édouard. Elle se liera d'amitié avec Renoir et Degas, fréquentera des gens de lettres, Paul Valéry, Henri de Régnier, Émile Zola, Huysmans. "Sa singularité, a expliqué notamment le conférencier, fut de vivre sa peinture et de peindre sa vie", et citant Paul Valéry : "Elle prenait, laissait et reprenait le pinceau comme nous prend, s'efface et nous revient une pensée." Portraitiste, paysagiste et grande aquarelliste, elle déclinera son œuvre en deux périodes, espagnole et japonisante.
D'autres viendront ensuite, telle l'expressionniste Suzanne Valadon, la mère d'Utrillo ou Frida Kalho, boiteuse mexicaine révolutionnaire qui exprima sa douleur physique et morale dans ses autoportraits.