• Cassis: Le voyage espace-temps du XXVIe Printemps du Livre

    Après la Russie, l'Afghanistan et l'histoire de l'humanité, le Printemps du Livre poursuit cette semaine son écriture de l'espace-temps avec la Bosnie et ce qu'elle a ébranlé dans le monde.

    Velibor Colič

    Après des études de littérature yougoslave, Velibor Colič, né en 1964, travaille à la radio comme journaliste chargé du rock et du jazz. Mais Tito meurt et la Yougoslavie éclate: la guerre! Il y perd sa maison et ses manuscrits, est enrôlé dans l'armée bosniaque: "La guerre, assure-t-il, c'est une réduction de l'homme vers l'animal". Il déserte en mai 1992, se fait prendre, s'évade, se réfugie en France au mois d'août de la même année. Il y vit désormais.

    Cassis: Le voyage espace-temps du XXVIe Printemps du Livre

    T. Samoyault et V. Colič (à dte): regards croisés de deux écrivains bien différents sur la Bosnie. /Photo C.R.

    Jésus et Tito (2013), son 2e livre écrit en Français, met en scène en 1970 Velibor, un gamin de 6 ans qui ressemble beaucoup à l'auteur et feuillette ses souvenirs: enfant, il compte les points du match entre religion et communisme qui se joue au quotidien entre un père qui vénère le Maréchal et une mère qui adore le Christ. Il n'en a cure, rêve de devenir footballeur, noir et brésilien de préférence! Adolescent, c'est le rock qui devient sa référence. Entre anecdotes familiales et épisodes patriotiques, c'est le roman du passage de l'enfance à la vie adulte, d'une vie d'avant qui appartient au Jurassic Park communiste, enterré avec la Yougoslavie.

    Avec son 3e roman écrit en français, Sarajevo omnibus, Colič, tel un cinéaste placé en surplomb de la scène, se concentre sur la journée capitale du dimanche 28 juin 1914 à Sarajevo. Il enchaîne les cadrages serrés sur des personnages qui ont vécu l'assassinat de l'archiduc François-Ferdinand. De l'assassin, l'étudiant serbe Gavrilo Princip dont le geste, point final d'une terrible réaction en chaîne, servit de détonateur au cataclysme de la première guerre mondiale, à son pittoresque grand-père Nikola Bararic, en passant par Ivo Andric, immense écrivain autant que personnage trouble…

    Tiphaine Samoyault

    Née en 1968, universitaire et romancière, Tiphaine Samoyault est l'auteur d'une thèse de doctorat sur "Les Romans-mondes" qui la place au cœur du thème de l'écriture du monde. Bête de cirque, le titre du son roman, fait allusion à un épisode de son enfance où elle participe dans l'arène au jeu-concours d'un cirque: "C'était le début de ma honte: me donner en spectacle."

    Le récit commence en 1995 dans Sarajevo assiégée où Tiphaine Samoyault va donner, trois mois durant, des cours de littérature à une quinzaine d'étudiantes (les garçons sont à la guerre). Il n'y a plus de carreaux aux fenêtres de la fac, il fait froid, l'eau n'arrive que deux heures par jour et les snipers tiennent les ponts: elle doit porter un gilet pare-balles et un casque bleu. En décembre 2010, après quinze ans d'absence, la narratrice revient dans la capitale bosniaque: "Pour comprendre ce que j'étais allée chercher là-bas". La honte encore d'appartenir à une génération entrée dans l'histoire par effraction, sans jamais parvenir à trouver sa place: "Il y a toujours quelque chose de ridicule à vouloir faire la guerre quand on ne risque que moyennement sa vie".


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