• Cassis: Debray et Bougnoux se retrouvent autour de la médiologie

    Pour clore les Rencontres littéraires 2014, le Printemps du Livre avait choisi dimanche d'"écrire le monde" des arts, des média et de la politique: la "médiologie", pour les initiés. Apparu en 1979 dans l'ouvrage de Régis Debray, Le pouvoir intellectuel en France, le terme médiologie désigne "la recherche des voies et des moyens de l'efficacité symbolique de l'image".

    Cassis: Debray et Bougnoux se retrouvent autour de la médiologie

    Régis Debray (à droite) et Daniel Bougnoux (à gauche), les "papes" de la médiologie. /Photo C.R.

    Daniel Bougnoux

    En 2012, on a célébré le 30e anniversaire de la mort d'Aragon (1897-1982). Poète, écrivain, surréaliste, communiste fidèle, journaliste militant, il chanta la résistance, l'amour et Les Yeux d'Elsa. Figure importante de la médiologie et aragonien chevronné, Daniel Bougnoux a dirigé l'édition critique des œuvres romanesques du poète dans la collection La Pléiade. Pour écrire "Aragon, la confusion des genres", l'universitaire Bougnoux se dépouille de ses oripeaux académiques, endosse les habits d'un fou d'Aragon, évoquant l'écrivain tel qu'il l'a connu, saisissant la puissance de son œuvre dans toutes ses ambiguïtés.

    Ambiguïtés, car Aragon, le fou d'Elsa, aimait aussi les garçons. Un secret bien gardé, devenu à la longue un secret de polichinelle. Et c'est par là que le scandale littéraire arrive: "Mon livre paru chez Gallimard a été tardivement amputé du chapitre 7 qui relatait une scène de drague homosexuelle tout à fait carnavalesque". La censure aurait été pratiquée par l'éditeur sur demande du poète Jean Ristat, exécuteur testamentaire d'Aragon, qui n'aurait pas toléré cette révélation accompagnée d'un portrait peu flatteur de lui-même.

    Régis Debray

    La médiologie, encore et surtout avec Régis Debray, qu'on ne présente plus. Il est venu au Printemps avec Le stupéfiant image: De la grotte Chauvet au Centre Pompidou. Aragon encore, avec ce titre, Le stupéfiant image, qui lui est emprunté. Un titre qui annonce la contradiction dans laquelle se trouve celui qui se shoote aux images ("Il y a des idolâtres heureux et fiers de l'être, je suis du nombre") et entend reprendre face à elles le droit aux mots pour mieux comprendre et analyser. "Si on n'apprend plus aux enfants à lire (pas des articles de journaux, mais Balzac, Mme de La Fayette, Dickens et Shakespeare), on ne leur apprendra pas à voir."

    Avant d'inventer la médiologie, Régis Debray fut et reste un "iconolâtre heureux et fier de l'être". C'est en hommage aux images, et à la recherche de son propre parcours avec elles (peinture, cinéma, photographie, icônes modernes en tous genres), qu'il a assemblé en un recueil ses articles parus dans diverses revues et catalogues d'expositions depuis une vingtaine d'années. S'appuyant sur l'expérience fondatrice de sa visite de la grotte Chauvet, il affirme: "Parler d'art préhistorique, c'est absurde: l'art c'est pour le plaisir, mais nos ancêtres essayaient en fait de capter les forces des bêtes sauvages à leur profit, c'était une question de survie. À Chauvet, on voit des ours, des bisons…, on est en -32 000, mais notre émotion est celle d'aujourd'hui. Le "Stupéfiant image" est un "puissant sortilège et un espéranto sensible qui mérite bien qu'on s'y adonne".


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